Quimper 1 avant apres toute petite

Restauration d'une faïence ancienne : Le vieux Quimper

Aujourd'hui, je vous explique tous les secrets pour restaurer une faïence ancienne en bonne et due forme

(de manière professionnelle).

 

 

 

 

Pour faire ce billet, j'ai repris mes activités après 17 ans d'inactivité (dans le domaine de la restauration... mais pas pour le reste !), c'est un exercice de remise en route. J'ai choisi dans mes vieilles caisses un Quimper de 1922. Ce n'est pas très vieux, ça n'a pas vraiment de valeur, mais c'est un travail intéressant, très technique, plein de couleurs. Parfait pour moi qui savais y faire mais qui ai perdu un peu la main. Et puis ça reste un bel élément de déco dans ma maison campagnarde. Cependant, c'est un travail niveau expert qui demande énormément de patience, de pratique et de matériel. N'hésitez pas à cliquer sur les photos qui s'afficheront alors en une taille plus grande. Allez, c'est parti.

 

 

LE MATÉRIEL : C'est le matériel que j'ai mis en œuvre pour cette faïence, mais ce n'est pas une énumération complète; il se peut, dans d'autres restaurations que l'on ait besoin de diverses choses en plus ou en moins.

Produits : Décapant V33 - colle cyanoacrylate liquide - porcelaine de synthèse - blanc et vernis polyuréthane - pigments multiples - acétone - pâte à polir.

Outils : Pipettes, seringues, scalpels, mini brosse en fer, vilains pinceaux et pinceaux d'art (martre pure et petits-gris pur), ouate, coton-tiges, cure-dents, papier à poncer gris 3M du 80 au 400 voire plus fin, aérographe et compresseur, masque de protection, papier à masquer.

 

 

 

 
 

LE TRAVAIL :

Chapitre 1 : le décollage.

Normalement, la plupart des pièces peuvent être plongées dans un bain d'eau bouillante (Attention, il y a des exceptions !!!) additionnée de vinaigre pendant plusieurs heures si besoin. Je n'ai pas choisi cette alternative étant donné la hauteur du vase, mais j'ai utilisé un nettoyeur vapeur dirigé sur les cassures et anciennes colles ce qui a donné un très bon résultat.

 

Décollage de la faïence, vue de près

La faïence de Quimper est décollée entièrement

 
 

 

 

 

Passage au décapant sur chaque morceaux cassé

 

 

 

Ensuite chaque tranchant (même les tranchants des morceaux détachés) a été passé au décapant V33, laissé ainsi 1/2 heure, gratté à la mini brosse métallique, rincé et séché et puis, inspecté minutieusement pour finir les dernières traces au scalpel. C'est là que vous comprendrez l'utilité de vous équiper de lunettes super-soniques (joke !) comme je vous en parlais dans un autre article de mon blog, car la moindre trace restante, même microscopique, d'ancienne colle vous empêchera de poursuivre votre travail correctement.

 

Inspection des dernières traces de colle

Inspection des dernières traces de colle, vue de près

 
 

J'ai laissé sécher ma pièce 24 heures avant de poursuivre.

 

 

Chapitre 2 : Le collage.

À l'aide de la colle cyanoacrylate liquide, je repositionne mes pièces petit à petit. Dans ce cas de figure, il y avait un ordre à respecter sinon il m'aurait été impossible de glisser les dernières pièces. Pour m'aider à retrouver cet ordre (je l'avais de suite compris en décollant la pièce), j'ai commencé un assemblage avec du papier à masquer. Ensuite, j'ai fait quelques points de colle par-ci par-là sur les plus grands morceaux et quand l'assemblage m'est apparu vraiment très correct, j'ai ôté mon papier à masquer, et le long de chaque fente, j'ai tiré une ligne de colle que j'ai fait pénétrer au moyen d'un cure-dent. J'ai progressé de 5 cm à la fois. Une fois chaque ligne comblée généreusement, la pièce retrouve déjà un son plus rond lorsque l'on frappe délicatement dessus.

Un pré-assemblage à l'aide de papier à masquer          Collage au cure dent

Après 5 minutes de séchage, j'ai poncé au papier n°150 dans le sens perpendiculaire aux cassures. Le papier est assez abrasif, il faut veiller à travailler petit pour éviter d'abîmer les décors qui jouxtent la fente. Et bien avec le plat du doigt, pas avec l'ongle, et encore moins avec le Dremel, sous peine d'arracher tout le travail déjà effectué.

Ponçage de la colle

 


 

 
 

Chapitre 3 : Le bouchage à l'eau et le comblement des manquants.

Avec une porcelaine de synthèse (plâtre très solide), j'ai refait la anse qui avait été ébréchée à l'aide d'une mini spatule. Un lissage du résultat s'effectue avec un pinceau en martre pur et de l'eau. Ensuite, avec ce qu'il me restait de pâte, j'ai rebouché les trous les plus gros.

Bouchage à la porcelaine de synthèse

 
 

 

 

 

Chapitre 4 : Le bouchage à la colle.

C'est une technique un peu particulière qui ne doit pas vous effrayer mais qui nécessite un dextérité qui vient avec l'expérience. Il faut donc être sûr de soi, et ne pas faire de bêtises. Sur chaque fente, on remet de la colle cyanoacrylate en fine ligne (étendue si besoin au cure-dent) et l'on vient étendre immédiatement au doigt de la porcelaine de synthèse par dessus (oui, vous avez bien lu, on met ses doigts dans la colle cyanoacrylate mais une couche de porcelaine sèche vous protège d'une union indésirable avec un pot). Il faut aller très vite et travailler par petites touches, étendre 3 à 4 cm à la fois.

En ce qui concerne les parties qui ont été bouchées à l'aide de la porcelaine de synthèse à l'eau, on recouvre uniquement de colle.

Bouchage à la colle et porcelaine          Bouchage à la colle et porcelaine + bouchage à la colle simple (sur la partie supérieure de la anse)

À nouveau, il faut poncer mais cette fois en commençant avec le papier 150 et en terminant avec le papier 220. Cette opération ne devrait être faite qu'une seule fois, mais il arrive que l'on doive recommencer car un dénivellement se fait sentir en passant le doigt. On ne doit plus rien sentir en fermant les yeux et en passant le doigt. Voilà pourquoi, il est essentiel de coller correctement dès le départ. Si cela devait vous arriver quand-même, il faudrait combler la partie la plus basse de la cassure avec le système du bouchage à la colle et poncer en suivant le schéma ci-dessous.

Technique et sens du ponçage

 

 

 

 
 

Chapitre 5 : Le bouchage au vernis.

J'ai préparé mon vernis polyuréthane à deux composants (5 ml) en versant la dose de catalyseur nécessaire dans un pilulier et après avoir fermé le couvercle, j'ai secoué 15 secondes. Je l'ai laissé reposer 10 minutes. Avec un pinceau de martre pur n°4, j'ai appliqué ce vernis sur chaque cassure et sur les parties comblées.

 

Le bouchage au vernis sur le bord supérieur

Le bouchage au vernis sur la anse

 
 

Comme précédemment, on ponce perpendiculairement mais cette fois au papier n°280 et toutes les traces qui resteront brillantes seront la preuve qu'il reste des parties non comblées. On repasse le vernis avec un pinceau plus fin, on reponce, etc, etc, jusqu'à ce qu'il n'y ai plus de traces brillantes. Si ce travail est mal fait, vous serez trahi à la première application de peinture, vous le verrez tout de suite.

Le bouchage au vernis, deuxième passage          Le bouchage au vernis, deuxième passage

Une dernière vérification sera faite avec l'aérographe. Vous passez la dernière couche de vernis (dilué à 20 %) à l'aérographe et vous poncez au papier n°400. Tout doit être mat après ponçage. Maintenant, vous pouvez passer la dernière couche de vernis à l'aérographe, cette fois-ci, elle sera un peu plus large, elle servira à protéger votre travail de ce qui vous attend encore.

 

 

Chapitre 6 : La recherche de la couleur de fond.

Et bien oui, c'est blanc. Mais chaque faïence, chaque porcelaine a un blanc différent et il va falloir trouver lequel. Pour cela, préparez un blanc polyuréthane à deux composants avec son catalyseur. Secouez, laissez pauser 10 minutes. Prenez un cure-dent, estimez la couleur et à l'aide de pigments par quantité infinitésimale, modelez-la pour qu'elle ressemble en tout point à la couleur de fond. Une recherche de ton peut prendre des heures, des matinées entières même, mais il y a des couleurs plus simples que d'autres. J'étais une bonne coloriste, et je m'aperçois avec bonheur au bout d'une demi-heure et 20000 cure-dents que je le suis toujours. Je trouve le ton facilement.

 
 
 
 

L'essai à l'aérographe sur une partie saine du Quimper confirme mon sentiment, j'efface tous mes essais à l'acétone et j'applique en pulvérisation sur toutes les réparations (également dilué à 20%).

Application du blanc de fond à l'aérographe    Application également sur tous les autres tons    Application également sur tous les autres tons

 

 


 

 
 

Cure-dents arrangés avec de l'ouate

Chapitre 6 bis : Le dégagement des décors non compris.

 

Au moyen de coton-tiges ou de cure-dents arrangés avec de l'ouate pour plus de finesse (c'est ce que je privilégie) que je trempe très vite dans l'acétone (mon bâtonnet est presque sec !), je dégage les décors qui ne sont pas compris dans la restauration. D'abord, c'est mieux de garder le plus possible le décor d'origine et ensuite, ça réduit le travail à venir.

 
 
 
 

L'idéal est de refaire un petit coup de vernis après pour clôturer cette étape et pour protéger de la suite. Je me rends compte en faisant le résumé de ce que j'ai fait, que j'ai oublié cette étape... mais ça ne se voit pas, on va dire que je l'ai fait...

 

 

 

 
 

Chapitre 7 : La recherche des tons et des décors au pinceau.

Il y avait beaucoup de couleur sur mon Quimper, chaque couleur a nécessité une recherche sur une palette blanche émaillée. Cette recherche de couleur peut s'effectuer à la peinture acrylique, il est important d'avoir un mélange à l'eau qui ne sèche pas trop rapidement et que vous pourrez effacer facilement au cas où vous n'aimez pas ce que vous venez de faire. Sur cette faïence, l'application des tons pouvait se faire au "petit gris pur".

La recherche des tons aux pigments à l'eau

 
 

Le jaune de fond de l'anse :

Le jaune de fond

 

La reprise des ocres-rouges :

Reprise des ocres-rouges

 

Et enfin, la reprise du vert :

Les feuilles reprises

Les points ocre de l'anse :

Les points en ocre-jaune

 

La reprise des bleus :

Reprise du bleu de l'anse

Les lignes avec l'ocre-jaune :

Les lignes ont la même teinte que les points de l'anse

 

Bleu également :

Reprise du bleu sur le feston supérieur

 
 

 

 

 

Chapitre 8 : Le vernis final.

Pour finir, une couche de vernis PU est soigneusement et largement appliquée. Quelques bonnes heures après cette dernière couche de vernis, je passe sur les rives de la vallée du vernis, une pâte à polir pour adoucir la différence entre le vrai décor et le faux. Le lendemain ou le surlendemain, je passe de la pâte à polir sur l'entièreté des réparations et puis, je fais lustrer à la peau de chamois. Je ne suis pas entièrement satisfaite de mon travail, pas comme je l'étais avant, mais je sais qu'il me manque juste de l'exercice. Je ne manquerai pas de recommencer aussi souvent que possible et de partager mes réparations avec vous.

N'hésitez pas à demander des conseils, c'est avec plaisir que je vous répondrai.

 

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